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Erick Bernard

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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 13:20

 

Mardi 7 octobre, même si des centaines ou des milliers de Français avaient été clôturer leur compte ou simplement en retirer le maximum de cash autorisé, les banques n’auraient pas tremblé. Si l’initiative lancée par Eric Cantona a donné l’illusion sympathique qu’il suffisait de s’armer de sa carte bleue pour entamer les fondations du système bancaire, elle n’eu aucun effet, sinon, peut-être celui de priver une poignée d’épargnants de leur capacité à recevoir des virements, ainsi qu’un nombre considérable d’autres désagréments qu’avaient énuméré nos collègues de rue89.

Pire : les « bank runners » qui seront amenés à rouvrir un compte généreront des frais bancaires et des commissions qui bénéficieront à ces mêmes établissements auxquels ils voulaient donner une leçon. Même les queues devant les agences (s’il y en a) n’entameront guère leur image : déjà mises en cause d’un bout à l’autre du spectre politique après la crise, les banques ont le système avec elle et, pour percer ce blindage, il faut d’abord comprendre comment il fonctionne. Heureusement, il existe des failles.

Suite à notre article sur la « révolution Cantona », de nombreux conmmentateurs se sont plaints de ce que, ayant critiqué le principe et son inefficacité, nous n’avions rien proposé pour faire avancer le débat. Derrière ces réactions, un constat résumé par Manu avec clarté :

Il faut appeler bien un chat un chat : les banques mettent à genoux les peuples, et elles sont d’autant plus féroces maintenant qu’elles ont vu le couperet de près il y a peu.

 

La dépendance vis-à-vis du système bancaire n’est pas une abstraction, il s’agit d’un principe bien concret qui se décline en plusieurs aspects :

• mobilisation des dépôts pour garantir des crédits et des opérations financières (dont la nature est laissée à discrétion) ;
• rémunération des divers opérations bancaires (retraits, création de compte, versement, etc.) ;
• contraintes liées aux divers formes de crédit ;
• conséquences des spéculations sur les matières premières.

 

De fait, les banques sont des organisations qui, si elles ont pour vocation de « financer l’économie » (comme le répétait à volonté Christine Lagarde pour justifier les plans de relance), restent des entreprises avec des objectifs de rentabilité, des stratégies et des « techniques ». A ce titre, elles ne sont « au service de leurs clients » que dans la mesure où ces derniers restent solvables : en dehors de la Banque de France (qui n’est pas une banque de détail), ni la BNP, ni la Société générale, ni aucune banque commerciale n’a de mission de service public ! Or, pour chacun de ces aspects de la dépendance aux banques, il existe des solutions (plus ou moins faciles) pour ceux qui souhaitent, faute de forcer le système à se réformer, au moins réduire leurs liens avec leur banque.

Contre le mésusage de vos dépôts, choisir une banque éthique

Une récente étude du cabinet Utopies révélait une statistique impressionnante : pour 1000€ déposés dans l’un des grands réseaux français, une tonne de CO² était produite du fait des placements ! A côté de ces « placements toxiques » au sens propre du terme, la crise des subprimes a révélé que la quasi totalité des banques de détail ayant des activités sur les marchés jonglaient avec de la dynamite pour garantir leur rentabilité.

Or, à côté des grands réseaux existe l’alternative des « banques éthiques », comme le soulignait Petit Poisson dans son commentaire : plus modestes, elles ne misent pas sur des valeurs spéculatives soit par engagement (comme le Crédit coopératif ou la Nef qui n’investissent que dans des prêts à des projets écologiques ou liés à l’économie sociale et solidaire), ou du fait de la loi (la Banque postale a ainsi l’interdiction de placer de l’argent dans des entreprises)… Faisant suite à l’appel de Cantona, le collectif Sauvons les Riches a ainsi lancé avec l’eurodéputé Verts Pascal Canfin l’initiative Je Change de Banque qui, accompagnée d’un site, donne les informations nécessaires pour quitter un grand réseau et rejoindre une banque responsable.

Pour ne plus financer les banques par les frais, opter pour les monnaies libres

En plus des frais de gestion des comptes, le « stockage », comme le retrait par carte bancaire et autres opérations sont l’occasion de frais qui sont crédités aux résultats des banques et utilisés pour garantir leur solvabilité et donc leur capacité à miser sur les marchés financiers. Pour éviter ces frais, certaines associations et villes ont pris le problème à la base en créant leurs propres monnaies !

Cinq billets de monnaies libres (Abeilles et Chimgauer) et un intrus.

Comme rapporté dans l’enquête de Claire Cousin parue dans Le Monde Magazine en date du 4 décembre, la ville de Villeneuve-sur-Lot a adopté une devise alternative : l’abeille, monnaie convertible, utilisable auprès des commerçants et de certaines entreprises et associations de la région. Pour éviter qu’elle soit stockée comme de vulgaires euros, elle perd régulièrement de sa valeur, encourageant ses usagers à l’utiliser. La conversion elle-même est facturée 2%. A ceci près que les frais de change et les « ponctions sur la valeur » sont réinvestis dans des projets sociaux utiles à la collectivité, plutôt que de servir à alimenter l’économie spéculative. Loin d’être utopique, plus de 4000 de ces systèmes ont vu le jour à travers le monde, s’appuyant notamment sur le principe SEL (système d’échange local), lequel ne nécessite pour structure de départ qu’une association de loi 1901 !

Se priver de crédit… ou recréer la « banque du peuple » !

En 2004, un tiers des Français disposaient selon l’Insee d’un crédit immobilier, et tout autant d’un crédit à la consommation. Sur la tranche des 35-44 ans, le taux monte à 50%. En pratique, la « France des propriétaires » que Nicolas Sarkozy appelait de ses voeux, est une « France d’endettés » auprès des grands réseaux. Or, pour éviter cette dépendance, pas de secret : il faut sortir du système de crédit soit en achetant cash, soit en achetant moins. D’un point de vue strictement financier, l’utilisation des transports en commun (évitant l’achat d’une automobile) et la location (contournant la nécessité d’un prêt immobilier) écartent la majeure partie des besoins de crédit. L’étude de l’endettement des ménages de l’Insee prouve ainsi, que du fait des prix de l’habitat trop élevés à l’achat, les Parisiens contractent deux fois moins de prêts immobiliers que les habitants de communes rurales. Quant au taux d’endettement pour l’achat d’un véhicule, il n’est que de 5% contre près de 24% dans les communes rurales !

Une autre solution s’était fait jour au XIXe siècle sous le nom de «banque du peuple» : fondée par le philosophe Pierre-Joseph Proudhon, elle s’appuyait sur l’idée d’une banque « propriété de tous les citoyens qui en accepterait le service », sans intérêt à percevoir pour ses avances, ni commissions… Ses seuls frais se limitant à la gestion, réalisant une utopie formulée en cinq mots par son fondateur : « le crédit était donc gratuit ! » Parti d’un taux d’intérêt à 2%, le projet était de le ramener sous 0,5% le tout sans user de dépôt métallique mais seulement de « bons de consommation »… Un projet qui sombra malgré le ralliement de 13000 personnes, mais qui, en se montrant précurseur des monnaies libres et du microcrédit, n’en demeure pas moins une base de réflexion pour des projets d’organismes financiers « alternatifs ».

Couler une banque d’affaire avec une pièce d’argent : c’est possible !

Depuis maintenant plusieurs mois, la banque d’affaire JP Morgan spécule sur l’argent comme jamais une banque n’a spéculé : ce géant de la finance a acheté sur les marchés des milliers de tonnes du métal précieux… sans avoir eu besoin de signer un seul chèque ! Sur les marchés, c’est ce qu’on appelle une « opération nue », c’est à dire un achat pour lequel on ne paie rien. Malgré cela, JP Morgan détient « virtuellement » une part non négligeable de l’argent en circulation sur les marchés et espère bien en tirer des bénéfices. A moins que le réel ne vienne lui mettre une gifle historique.

Une pièce d'argent pour se payer la faillite du géant JP Morgan.

Combien cela coute-t-il de couler JP Morgan ? Une pièce d’argent, pas plus. La solution, c’est un ancien de Lehmann Brothers, Mike Krieger, qui l’a trouvée : pour forcer la banque d’affaire à payer en dollars sonnants et trébuchants l’argent qu’elle mobilise sans en avoir les moyens, il suffit à un certain nombre de clients (10 millions d’Américains suffiraient, selon les calculs de Krieger) d’acheter une vraie pièce d’argent (un investissement de moins de 50$) pour en faire exploser le cours, obligeant JP Morgan à payer en vrais dollars ses montagnes de titres de propriété ! En sortant ainsi de leur rôle de « mouton de marché » (surnom donné aux actionnaires qui achètent ce qu’on leur dit d’acheter), chaque client dispose ainsi du moyen de retourner le système en forçant la finance virtuelle à payer… pour la finance réelle !

Ce ne sont ici qu’une poignée de solutions pour se saisir individuellement de son petit levier dans la finance. Dans les semaines à venir, OWNIpolitics explorera les idées neuves ou idées perdues qui montrent d’autres façons d’envisager l’argent, le crédit et la valeur en général dans nos sociétés.

 

 

Article publié initialement sur le site OWNIpolitics sous le titre : Quatre alternatives au Bank run de Cantona.

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Published by Papy Mouzeot - dans Economie
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commentaires

Zorro 15/05/2011 18:45



xD (pour le truc ou y'as écrit patience ) :p



Papy Mouzeot 16/05/2011 09:21



Je voulais faire le même pour DSK mais ce couillon ne m'en a pas laissé le temps !



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