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Erick Bernard

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 17:57

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«Beaucoup sont revenus démolis
et le sont encore»

 

Alors que l’on célèbre les 50 ans des accords d’Evian, Euskal Herriko Kazeta, le journal du Pays Basque a rencontré le compañero Xarlo Etxezaharreta, militant abertzale, qui était appelé en 1962. Xarlo nous explique comment l’expérience algérienne l’a marqué et a influencé son engagement politique.

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Xarlo Etxezaharreta

 

Benjamin Duinat : Au moment de votre départ en tant qu’appelé, que saviez-vous et que pensiez-vous de ce que l’on nommait alors “les événements d’Algérie” ?

Xarlo Etxezaharreta : En réalité, nous ne savions rien. Quand j’ai été appelé, j’avais 18 ou 19 ans et bien que je fus déjà instituteur, je lisais peu la presse, qui était d’ailleurs assez largement manipulée. Ce que nous pouvions apprendre venait des appelés revenant à Hasparren. Mais ils restaient généralement très discrets sur leur expérience.

Si les gens parlaient si peu de la guerre, c’est, je pense, parce qu’on en avait honte. Ce n’est absolument pas la même chose de défendre sa terre ou d’aller faire la guerre chez les autres.

Seules certaines personnes appartenant à la Jeunesse agricole catholique (JAC) étaient peut-être mieux informées. Il faut tout de même replacer les événements dans leur contexte et préciser qu’à cette époque, beaucoup de jeunes qui partaient pour l’Algérie prenaient le train pour la première fois.

 

– Comment s’est passé votre départ en Algérie ?

Mon contingent, le 61 2A, a été le premier à ne pas être envoyé en Algérie. Seuls six des 600 jeunes hommes composant le régiment sommes partis, parce que nous avions refusé de faire l’école des officiers de réserve. Aucune idéologie n’avait motivé cet acte : il s’agissait d’instinct, l’armée ne nous correspondait guère.

 

– Concrètement, que faisiez-vous en Algérie ?

Nous avons été envoyés au tout début du mois de janvier 1962. La tâche qui nous a été assignée était le bouclage du quartier arabe de la ville de Tlemcen, au nord-ouest de l’Algérie. Je ne faisais pas partie d’une unité de combat, même si j’étais aux ordres des troupes de marine.

Mon travail consistait notamment à garder des bâtiments. Lors de la fouille d’une maison, j’ai vu un garde mobile voler de l’argent et des bijoux, alors que les femmes et les enfants hurlaient de crainte.

C’est à ce moment précis que j’ai eu ma première prise de conscience. Pourquoi traitait-on ainsi des gens dont on m’avait dit qu’ils étaient français ? Pourquoi les maltraitait-on comme des animaux ? C’est alors que j’ai pensé qu’on m’avait menti. Du reste, ces gens n’utilisaient pas le français comme langue véhiculaire.

 

– A quels types de violences avez-vous eu affaire ?

Je fais partie des privilégiés qui n’ont pas eu de contact avec la rébellion. Honnêtement, je m’en félicite encore, car j’aurais pu devenir un tueur comme beaucoup si j’avais été affecté dans une unité différente. Malheureusement, beaucoup de braves personnes sont devenues des salopards.

Par contre, quand je suis revenu en décembre 1962, j’ai entendu parler de torture concernant l’Algérie. Cela m’a remémoré une nuit de garde d’un bâtiment entourée d’un mur et d’une grille, au cours de laquelle j’ai entendu des cris confus. Sur le moment, je n’ai pas pensé à la torture. A posteriori, j’ai fait ce rapprochement possible.

J’ai eu la chance de ne pas mettre le doigt dans l’engrenage de la violence. A Tlemcen, on faisait des patrouilles de nuit en ville et on portait des mitraillettes MAT 49 sur le ventre afin de pouvoir pédaler et tenir le guidon du vélo à deux mains. Figurez-vous que notre chargeur était attaché à la ceinture. Si les rebelles avaient voulu nous descendre, ils auraient pu le faire avec des frondes. J’ai alors pensé qu’ils n’étaient pas si méchants. Mais il faut quand même rappeler que nous n’étions pas une troupe de combat.

Moralement, je n’ai pas ou peu été touché. Reste que beaucoup sont revenus d’Algérie démolis et le sont encore.


– D’un point de vue politique, quelle influence cette expérience a-t-elle eu ?

Je me suis aperçu en Algérie même que la rébellion était un cri de revendication pour la dignité.

A mon retour, j’ai côtoyé des personnes qui m’ont fait prendre conscience du fait que le Pays Basque était une colonie intérieure de la France. Je suis donc revenu d’Algérie avec des idées de gauche, les injustices subies par les Algériens m’ont fortement marqué, et je suis progressivement devenu abertzale. La guerre d’Algérie a fait ce que je suis aujourd’hui, à savoir un abertzale de gauche.

 

 

 

Source : Xarlo Etxezaharreta / Euskal Herriko Kazeta, le journal du Pays Basque

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Published by Papy Mouzeot - dans RÉSISTANCE
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commentaires

fanfanchatblanc 22/03/2012 13:33


Non je l'ignorais Papy... 

Papy Mouzeot 23/03/2012 10:43



Ce n'est pas très important, ça confirme juste que les chats ne font pas des chiens !


 


Bizz,
Le Papy



fanfanchatblanc 22/03/2012 01:04


Bonsoir Papy.. j'ai souvenir de cette époque car mes potes sont partis en Algérie en tant qu'appelés. Tous sont revenus changés et... silencieux.. voire meurtris... J'ai ensuite compris lorsque à
17 ans j'ai lu "La question" de Henri Alleg un livre interdit que l'on se passait sous le manteau.. avec "Ceux de Chateaubriant" ce fut le début de mon engagement à gauche.. 


Bizz

Papy Mouzeot 22/03/2012 10:04



Bonjour Fanfan,


 


Tu ne pouvais citer de meilleur exemple que celui de Henri Alleg. Son témoignage (La Question) restera gravé dans toutes les mémoires communistes et des victimes de la persécution opérée par la
dictature du colonialisme impérialiste.


Savais-tu que Henri Alleg est le père du grand philosophe Jean Salem ?


 


Bien à toi,
Le Papy


 



durdan 21/03/2012 09:12


http://youtu.be/Gsz38xoNevM


Abertzale tranquille ou allumé (je ne pense pas,quand même) ?

Papy Mouzeot 21/03/2012 11:52



Bonjour Daniel,


 


Abertzale profondément sincère et déterminé, tu peux en être certain.


C'est un très bon choix cette chanson mythique de Simon Snell et Xeberrirekin. C'est pas récent et ça évoque plein de souvenirs...


 


Amitiés,
Le Papy



Adam 20/03/2012 20:13


J'ai suivis quelques reportages sur FR3 car j'étais ignorant de ce quoi il retournait exactement, vu que les personnes de ma famille ayant fait cette guerre sont murées dans le silence !


Conversations taboues !!! Un monsieur âge de ma connaissance à qui je demandais s'il avait vue l'émission( sachant qu'il avait fait l'Algérie) m'a avoué n'avoir pas pu et m'as raconté quelques
moments qui m'ont donné la nausée! Il est difficile de vivre sereinement après avoir côtoyé toutes ces saloperies !


Ton article Papy nous donne un autre regard et me fait penser qu'il reste des Hommes !


Merci Papy


Amicalement

Papy Mouzeot 21/03/2012 11:42



Bonjour Adam,


 


Au sujet de ce silence que je ne qualifie pas d'omerta mais d'une évidente pudeur servant à masquer la honte de ce qu'ils ont vécu lorsqu'ils ont découverts sur place que cette guerre ne servait
pas les intérêts de la France mais celle des opposants à un peuple digne qui désirait retrouver sa légitime indépendance. On dira ce qu'on voudra mais l'Algérie n'a jamais retrouvé son
indépendance, elle vit toujours sous la tutelle de la France depuis 1962.


 


Quand je dis que Xarlo est un phénomène cela signifie qu'il possède l'art de résumer en une seule phrase toute une dialectique. Chacune de ses phrases amènent à la réflexion, cette interview en
est l'exemple.


Un des passages les plus forts est celui-ci : Pourquoi traitait-on ainsi des gens dont on m’avait dit qu’ils étaient français ? Pourquoi les
maltraitait-on comme des animaux ?


Ça donne à réfléchir...


 


Fraternellement,
Le Papy



caroleone 20/03/2012 19:47


C'est cool ce témoignage de notre camarade, les bouches s'ouvrent enfin.


Hier, j'ai vu également à la télé un film qui donnait la parole à d'anciens appelés qui pour la plupart n'avaient jamais encore rien confié, y compris à leur proches. Cette omerta est terrible.


Je vais peut-être te piquer ton article demain


 


Bises à toi papy et à Xarlo


 


caroleone

Papy Mouzeot 21/03/2012 11:29



Bonjour Caroleone,


 


Effectivement c'est devenu rare de la part de notre compañero qu'il s'exprime devant la presse et tel que tu connais Xarlo, il faut savoir lire entre les lignes quand il dégaine ses sentences.


"Malheureusement, beaucoup de braves personnes sont devenues des salopards"


"Reste que beaucoup sont revenus d’Algérie démolis et le sont encore".


"Je me suis aperçu en Algérie même que la rébellion était un cri de revendication pour la dignité."


 


Ce qui fait que Xarlo demeure et restera un très grand abertzale. Le peuple du Pays Basque est totalement différent de l'image de terroristes telle que la coalition franco-espagnole s'évertue à
nous faire croire.


On peut tout à fait être nationaliste (indépendantiste) sans être nécessairement un terroriste.


 


Bizz,
Le Papy



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