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  • : Le blog satirique du Papy Mouzeot
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Erick Bernard

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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 20:22

Le droit de réponse d'Edwy Plenel

 

Nul besoin de faire de la publicité pour le site Mediapart qui s'est imposé au cours de ces dernières années comme le seul et véritable organe du contre-pouvoir.

Depuis 4 ans Edwy Plenel et son équipe ont démontré l'importance d'une information véritablement indépendante et le succès que rencontre ce journal numérique confirme que ses nombreux abonnés ont fait le bon choix.

 

Il est important de se rappeler que dans le cadre de son émission en ligne “Mediapart 2012”, Mediapart a proposé à Sarközy un grand entretien diffusé en direct et en vidéo-streaming sur leur site. Edwy Plenel en a fait la demande, dès le 6 mars, auprès du conseiller presse de Sarközy, Franck Louvrier. En guise de réponse Mediapart a obtenu une fin de non recevoir (voir "Les 10 questions qui font fuir Sarkozy").

 

Les récentes révélations annoncées par le site Mediapart concernant un probable financement occulte de la campagne du candidat Sarközy en 2007 par l'ex-dictateur déchu de la Libye ont fait le tour de la planète en créant un "buzz" sans précédent dans le déroulement d'une élection présidentielle.

Pour seule défense le président-candidat et quelques membres de son équipe n'objectent que leurs démentis sans aucun élement contradictoire. Les démentis cèdent la place aux insultes puis devant l'échéance imminente le candidat Sarközy n'a plus d'autre choix que de saisir la justice pour espérer gagner un peu de temps dans l'espoir de ravir un second mandat qui le gratifierait d'une nouvelle immunité présidentielle.

Comme à son habitude, le monarque fait dans l'effet d'annonce mais il n'enterrera pas pour autant cette affaire, les faits sont d'une telle gravité que même son hypothétique réélection ne saurait l'épargner de ses responsabilités dans la mesure où la justice peut effectuer correctement son travail.

 

Dans un soucis de totale transparence il me semble nécessaire de vous faire partager la réaction d'Edwy Plenel face aux propos calomnieux du candidat de l'UMPFN, qui reste à considèrer comme un droit de réponse.

 

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   Sarkozy-Kadhafi : nos infos, leur intox
par Edwy Plenel


http://img15.hostingpics.net/pics/617305Plenel.jpg« Diversion » (Nathalie Kosciusko-Morizet), « officine » (François Fillon), « infamie » (Nicolas Sarkozy) : le sarkozysme n’aime décidément pas l’indépendance des médias et le démontre encore une fois par ses réactions à nos nouvelles révélations sur ses secrets libyens. Comme en 2010 dans l’affaire Bettencourt, le pouvoir en place préfère insulter les journalistes dont les informations le dérangent plutôt que de répondre aux questions légitimes qu’elles posent. Mediapart ne retire rien de ses révélations, aussi légitimes que fiables. Mise au point en forme de rappel des principes démocratiques.

La liberté de l’information fait partie des droits fondamentaux. Ce n’est pas un privilège des journalistes, mais un droit des citoyens : le droit de savoir tout ce qui est d’intérêt public afin de pouvoir se forger son opinion en toute liberté. Depuis la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et son article 19, ce droit fondamental inclut celui « de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations par quelque moyen d’expression que ce soit ». De plus, il suppose le pluralisme des médias, principe dont la valeur constitutionnelle est reconnue, ainsi que l’indépendance des journalistes, garantie par leur statut professionnel.

Les gouvernants des pays démocratiques sont supposés respecter ces principes dont, dans l’idéal, ils devraient être les premiers gardiens et les fidèles serviteurs. S’ils les bafouent, ce ne sont pas les journalistes qu’ils humilient mais la démocratie elle-même qu’ils méprisent. Ce simple rappel suffit à souligner l’absence de culture démocratique dont témoignent les réactions du pouvoir exécutif à nos nouvelles informations sur les secrets libyens de cette présidence finissante. Car accepter la liberté de la presse, c’est répondre aux questions des journalistes, et non pas insulter, discréditer et calomnier les journaux qui les posent.

Est-il besoin de rappeler à messieurs Fillon et Sarkozy que Mediapart n’est pas une « officine » mais un journal, reconnu par la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP) ? Qu’il est animé par des journalistes professionnels, bénéficiant de la carte d’identité attribuée par la profession (CCIJP) ? Que son activité, son bilan et son actionnariat sont publics, détaillés, une fois l’an, par la publication détaillée de ses comptes ? Que des journalistes en sont les principaux actionnaires, l’ayant financé sur leurs économies avec la seule aide de citoyens attachés à la liberté de la presse, et que son équipe de salariés en défend farouchement l’indépendance ? Que les abonnements de ses lecteurs sont sa seule recette et la garantie de sa liberté, Mediapart n’ayant aucun autre revenu, ni publicité ni subvention ?

S’il fallait une énième illustration de l’urgence d’une refondation démocratique de notre vie publique, elle est amplement fournie par ce nouvel épisode des relations tumultueuses de Mediapart, journal indépendant et participatif, avec une présidence de la République qui n’imagine le journalisme que dépendant et enrégimenté. Ce qu’elle ne supporte pas, ce ne sont pas seulement nos informations mais le fait de n’avoir aucune prise pour les entraver ou les étouffer, aucun relais complice, aucun moyen de pression. D’où ces campagnes délirantes, diffamatoires et calomnieuses, qui font semblant d’oublier ce que nous sommes alors même qu’ils sauront sans aucun doute s’en souvenir, demain, si d’aventure ils sont dans l’opposition : un journal libre, rigoureux et professionnel, totalement indépendant des pouvoirs, quels qu’ils soient, au service du seul public et de son légitime droit de savoir.


Le puzzle des documents Takieddine

Mediapart a mis en ligne et en accès libre depuis plusieurs semaines dix questions à Nicolas Sarkozy. Dix questions que nous avons évidemment transmises à son directeur de la communication, Franck Louvrier, et à ce jour toujours sans réponses. Dix questions que nous lui aurions posées en direct s’il avait accepté notre invitation à venir débattre en direct de son bilan avec notre rédaction, tout comme nous avons posé des « questions qui fâchent » à nos autres invités (Bayrou, Joly, Mélenchon et Hollande). Dix questions qui illustrent le travail d’enquête de Mediapart : des faits précis, recoupés et sourcés, sur lesquels nous voulions interpeller le président de la République sortant.

Parmi ces dix questions, plusieurs concernent les investigations au long cours qui, de l’affaire Karachi aux documents Takieddine, nous ont conduits aux lourds secrets libyens de cette présidence. La dernière et dixième en résume l’enjeu de façon extrêmement simple et claire : « Selon des documents et témoignages réunis par Mediapart, des sommes importantes – jusqu’à 50 millions d’euros – auraient été versées en 2007 à votre entourage par le régime de Mouammar Kadhafi, ce que l’ancien dirigeant de la Libye, son fils Saïf Al-Islam et Abdallah Senoussi, l’ancien chef des services secrets libyens, avaient affirmé publiquement. Seriez-vous favorable à l’ouverture d’enquêtes judiciaires sur ces soupçons ? »

Issu du cœur du régime déchu du colonel Kadhafi, de ses services de renseignement et du premier cercle du dictateur, le document libyen que nous avons récemment révélé est une pièce capitale dans un vaste puzzle que, pour Mediapart, Fabrice Arfi et Karl Laske se sont efforcés de reconstituer depuis l’été 2011. Les journalistes ont appris des historiens qu’un document ne vaut jamais seul : il n’est intelligible, vérifiable et exploitable, qu’à condition d’en connaître le contexte, les témoins et les acteurs. Or c’est ce que nous avons fait avec entêtement, prudence et méticulosité depuis dix mois, depuis ce jour de juillet 2011 où nous avons découvert et analysé plusieurs milliers d’autres documents, issus des archives personnelles de Ziad Takieddine.

Intermédiaire de l’ombre, inconnu du public jusqu’à la révélation de son rôle constant dans les circuits financiers du sarkozysme depuis 1994-1995 et la campagne d’Edouard Balladur, ce Franco-Libanais est aujourd’hui au centre des investigations judiciaires des juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire. La masse de documents révélés par Mediapart durant l’été 2011 est désormais entre leurs mains et leur exploitation par les enquêteurs, notamment sur les circuits financiers occultes utilisés à l’étranger, a conduit à l’ouverture d’un supplétif par le parquet de Paris, autorisant les deux juges d’instruction à enquêter sur des faits de blanchiment d’argent sur une longue période et jusqu’à nos jours.

Outre l’homme-clé qu’est l’intermédiaire Ziad Takieddine, plusieurs proches, voire intimes, de Nicolas Sarkozy ont été mis en examen dans cette instruction depuis nos révélations : Nicolas Bazire, Thierry Gaubert et Renaud Donnedieu de Vabres. Des comptes off shore, des sociétés écrans, des investissements occultes, des fortunes dissimulées au fisc, des versements et sorties en argent liquide, etc., ont été mis au jour. Et c’est dans ce paysage déjà bien fourni que le volet libyen trouve sa place naturelle. Car les documents Takieddine font explicitement état de négociations secrètes avec la dictature libyenne dont des financements secrets étaient l’enjeu, dès les premiers contacts noués entre 2003 et 2005.

Et jusqu’à leur découverte personne ne savait que, dès le début des années 2000, M. Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, et ses plus proches collaborateurs, MM. Guéant et Hortefeux, s’étaient approchés, de façon systématique et empressée, de l’entourage de Mouammar Kadhafi. Une relation intéressée dont le dévoilement éclairait d’un tout autre jour la réception fastueuse du dictateur libyen à Paris fin 2007, reconnaissance internationale inespérée pour Kadhafi, ainsi que le soudain zèle guerrier du chef de l’Etat français, en 2011, quand le surgissement des révolutions démocratiques arabes ouvrait la voie à des révélations aussi compromettantes qu’incontrôlées.


Un faisceau concordant de soupçons

Préparatoire à la première visite officielle de Nicolas Sarkozy à Tripoli, l’une des notes de Ziad Takieddine à Claude Guéant, datée du 6 septembre 2005, précise que certains pourparlers franco-libyens devraient « revêtir un caractère secret ». Car ce secret, ajoutait-elle, apportait cet « autre avantage : plus d’aise pour évoquer l’autre sujet important, de la manière la plus directe… ». D’autres notes révélées par Mediapart permettent de comprendre la nature de ce « sujet important », qualifié, guillemets d’euphémisme compris, ici de « sujet “sensible” », là de « volet “commercial” », ou là encore d’ « “assurance” de résultat » : l’argent.

Dès 2003, M. Takieddine évoque ainsi un montage financier en énumérant « les décisions suivantes du patron », c’est-à-dire celles qu’il recommande à Nicolas Sarkozy qu’il appelle « le patron » ou « P » et dont il se présente comme l’exécutant. Parmi ces décisions, la création d’une « nouvelle structure complètement dépendante de son ministère » qui, ajoute-t-il, « sera capable de couvrir le sujet “sensible” par le biais de ses honoraires ». Ce sujet sensible, qui n’est autre que le versement de commissions, est évoqué dans d’autres notes destinées à l’entourage direct de Nicolas Sarkozy, en l’occurrence Brice Hortefeux et Claude Guéant, et dont l’enjeu est déjà libyen.

Tel est le faisceau concordant de soupçons sur un financement totalement illicite, par un Etat étranger, qui plus est une dictature, de l’aventure politique de Nicolas Sarkozy dans lequel se sont inscrites nos investigations. Intermédiaires, témoins, protagonistes, etc. : depuis des mois, nous les cherchons, les rencontrons, les questionnons, que ce soit sur le versant français que du côté libyen. Avec des moyens qui ne sont évidemment pas ceux des Etats, de leur justice ou de leur police, nous avons cherché à savoir quelle était la réalité financière de cette lune de miel entre Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi.

C’est ainsi que nous avons d’abord appris que, fin 2006, deux acteurs français de cette histoire avaient eu vent, voire été témoins, d’un accord entre les premiers cercles de collaborateurs de Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi sur un financement en vue de la campagne présidentielle de 2007. L’un est un ancien cadre de l’UMP versé dans la sécurité privée, l’autre un chirurgien ami de l’actuel secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, qui avait recommandé ses services à Ziad Takieddine dont il était très proche. Titrées sur Mediapart « Kadhafi aurait financé Sarkozy », ces premières révélations n’ont donné lieu à aucune réponse sérieuse, à part un « grotesque » présidentiel sur TF1 en direct, ni démenti crédible ou poursuite en diffamation.

Et c’est en poursuivant nos recherches que nous avons fini par obtenir un document issu des services secrets de la dictature libyenne qui confirme cet accord financier pour « un montant d’une valeur de 50 millions d’euros ». L’apparence du document, le style de sa rédaction, son formalisme bureaucratique, sa précision chronologique : outre la crédibilité des sources libyennes qui le détenaient, tout concourt à attester de son authenticité. Mais, surtout, la révélation de ce document par Mediapart s’est accompagnée d’un témoignage aussi inédit qu’inattendu : celui de Ziad Takieddine.

Proche de Kadhafi, protégé de Sarkozy

Ziad Takieddine n’est aucunement un ami de Mediapart, dont il n’a guère goûté les révélations qui ont contribué à le mettre dans l’embarras devant la justice française et devant l’administration fiscale, puisque nous avons aussi révélé qu’il ne payait pas d’impôts malgré son immense fortune. Il n’avait pas mâché ses mots quand, refusant de répondre à nos questions en août 2011, il nous avait lancé : « Je suis un homme propre et vous êtes sale. Vous êtes une des saletés les plus performantes dans la saleté ». Enfin, nous avons été amenés à porter plainte contre des menaces de mort visant Fabrice Arfi, proférées par un personnage évoluant dans les milieux du renseignement et dans les cercles du pouvoir sarkozyste, Pierre Sellier, à qui il est arrivé de travailler pour Ziad Takieddine (voir ici).

Or, malgré ce contexte conflictuel, il n’a pas récusé le document libyen qu’il a découvert quand nous le lui avons montré, dans l’après-midi du vendredi 27 avril au cabinet parisien de ses avocats. Bien que ce document le mentionne, et donc le compromet en cas d’investigations judiciaires, il en a confirmé l’authenticité et a attesté de la crédibilité de son contenu, tout en prenant la précaution d’affirmer qu’il n’était pas présent à la réunion évoquée où aurait été validé l’accord de financement franco-libyen. Mieux, outre ses propres déclarations, l’une de ses avocates, Maître Samia Maktouf, nous a fait formellement savoir, par courriel, que son client « pense que ce document est crédible, vu la date et les personnes qui apparaissent dans ce document outre lui-même ».

Depuis la publication de notre article, l’avocat d’un autre protagoniste de cette affaire d’Etat s’est exprimé, Maître Pierre Haïk, dont on a ainsi appris à la fois qu’il assurait la défense de Bachir Saleh et que son client résidait bien en France, comme l’avait affirmé Le Canard enchaîné. Car Bachir Saleh, destinataire du document libyen en tant que responsable du fonds d’investissement souverain du régime kadhafiste et surtout l’un des plus proches collaborateurs du dictateur, dont il dirigeait le cabinet, est très recherché, notamment par Interpol selon l’hebdomadaire satirique. Or il n’en bénéficierait pas moins d’un titre de séjour, ainsi que sa famille, et d’une protection policière, accordés par le ministre de l’intérieur, Claude Guéant, peu connu d’ordinaire pour sa mansuétude à l’égard des délinquants étrangers…

Bref, homme clé du régime de Kadhafi, M. Saleh est aujourd’hui protégé par le pouvoir de Sarkozy. Nous nous attendions donc à son démenti. Diffusée par son avocat et quelque peu tardive, puisque nous l’avions évidemment sollicitée avant la publication de notre enquête, sa réaction ne va pas jusqu’à affirmer que notre document serait un faux. Bachir Saleh s’en tient à un démenti du contenu, associé à des réserves : « Bachir Saleh émet au préalable les plus expresses réserves sur l’authenticité de la note publiée par Mediapart et opportunément présentée comme constituant la preuve d’un financement de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy. En toute hypothèse, il affirme n’avoir jamais été le destinataire d’un tel document et dément catégoriquement avoir participé à une réunion le 6 octobre 2006 au cours de laquelle un accord aurait été conclu en vue de déterminer les modalités d’un soutien financier à la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy. Ces allégations, à visée politicienne, sont dénuées de tout fondement. »

Les journalistes ne sont pas des juges, mais des « chiens de garde » de la démocratie, ainsi que les définit la Cour européenne des droits de l’homme : ils signalent, alertent, lancent des alarmes, mettent sur la table des faits dont la démocratie, ses institutions et ses responsables peuvent se saisir. Notre enquête réunit des indices graves et concordants d’un financement libyen de Nicolas Sarkozy, sous le règne du colonel Kadhafi : des documents, des témoignages, des dates, des voyages, des rencontres, etc. Dans une démocratie normale, il reviendrait automatiquement et rapidement à des juges indépendants de faire la lumière sur ces faits, avec des moyens que nous n’avons pas, ni techniquement ni légalement. Le lourd soupçon d’un financement par un Etat étranger d’un chef d’Etat, pour des montants incommensurables correspondant aux dépenses autorisées pour deux campagnes présidentielles, ne peut être balayé par de simples démentis. Encore moins par des calomnies.

« C'est celui qui dit qui y est »

Déjà, à l’été 2010, une campagne d’une extrême violence avait été lancée depuis l’Elysée contre Mediapart, orchestrée par Claude Guéant alors secrétaire général de la présidence : tandis que tout était fait, avec l’aide d’un procureur aux ordres, celui de Nanterre, pour étouffer judiciairement nos révélations sur l’affaire Bettencourt, l’entourage présidentiel dénonçait dans les médias nos supposées « méthodes fascistes ». Alors secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand, devenu depuis ministre du travail, menait l’assaut, ce qui lui a valu une plainte en diffamation de Mediapart. Selon les habituelles lenteurs de notre justice, le procès n’aura lieu que début 2013. Entre-temps, les juges bordelais qui, finalement, instruisent l’affaire Bettencourt ont largement établi la pertinence de nos informations.

« Officine » avait déjà été l’un des éléments de vocabulaire repris en boucle par les aveugles soutiens de la présidence. Cette fois, c’est le premier ministre François Fillon, que l’on a connu plus mesuré, qui s’y colle. Non sans imprudence. Bien qu’Eva Joly ait un jour aimablement qualifié Mediapart de « médicament pour la démocratie », il est peu probable que le mot soit ici employé au sens de « laboratoire d'une pharmacie où l'on préparait les médicaments ». Sans doute s’agit-il plutôt de son deuxième sens : « endroit où se prépare quelque chose secrètement, où l’on trame quelque chose ». Or s’il y eut bien des manœuvres secrètes, surveillances et intrusions, téléphoniques notamment, il faut plutôt les chercher du côté du pouvoir et de sa direction centrale du renseignement intérieur, confondue depuis 2010 pour son espionnage des journalistes et de leurs sources (lire nos articles sur l'espionnage qui a visé Mediapart).

L’autre argument de circonstance, repris par la porte-parole du candidat Sarkozy, Nathalie Kosciusko-Morizet, puis par le candidat lui-même, est de nous accuser d’avoir organisé une diversion pour le compte d’un Parti socialiste qu’aurait embarrassé la brusque incursion de Dominique Strauss-Kahn dans la campagne. L’argument est d’autant moins fondé que Mediapart n’a jamais épousé l’emballement de la plupart des médias sur DSK, son bilan au FMI ou sa candidature éventuelle. De fait, nous fûmes parmi les rares à alerter très tôt sur les risques pris, pour la France et son image, par… Nicolas Sarkozy en soutenant sa nomination à la tête de l’institution financière mondiale. Quant au socialiste Julien Dray, qui a contribué à une lamentable mise en scène de ce retour strauss-kahnien, il est bien placé pour savoir que Mediapart ne rechigne pas à enquêter sur des faits qui embarrassent des personnalités socialistes.

Mediapart, nos lecteurs les plus fidèles le savent bien, n’a pas de calendrier électoral. Son agenda est uniquement journalistique : révéler tout ce qui est d’intérêt public. Nous enquêtons de longue date, nous cherchons de nouveaux faits et nous les publions quand ils sont prêts à l’être, selon les règles professionnelles de notre métier – sourcer, recouper, vérifier, contextualiser, expliquer, etc. En revanche, si diversion il y eut ces derniers jours, elle est à chercher du côté de ceux qui ont relayé le faux événement Strauss-Kahn, transformant un entretien britannique en embarras politique pour François Hollande, pourtant le seul candidat socialiste, avec Arnaud Montebourg, totalement déterminé à combattre l’éventuelle candidature de DSK à la primaire socialiste. Auraient-ils oublié que Nicolas Sarkozy s’était vanté d’avoir propulsé Strauss-Kahn à Washington au point de s’autoproclamer DRH du Parti socialiste ?

Reste le troisième mot de cette contre-attaque, langagière plutôt qu’informative, tant les faits sur lesquels reposent nos enquêtes sont superbement ignorés par le pouvoir présidentiel qu’ils ébranlent : infamie, donc. Infamie, c’est le mot employé par Nicolas Sarkozy dans un entretien télévisé, et ce n’est pas rien, si l’on en croit les dictionnaires : « flétrissure imprimée à l’honneur, à la réputation, soit par la loi, soit par l’opinion publique ; caractère déshonorant, honteux, vil, d’une chose, d’un acte ; action déshonorante, honteuse. » Mais l’infamie ne serait-ce pas plutôt d’avoir pactisé avec un dictateur, d’avoir entretenu des relations affairistes avec son entourage, d’avoir accepté des financements occultes d’un Etat étranger, d’avoir organisé une diplomatie parallèle dont l’argent était la finalité, d’avoir mené une guerre dont on ne peut plus exclure qu’elle ait eu une dimension préventive de protection d’intérêts privés, etc. ?

Et l’infamie, ne serait-ce pas d’avoir mené ces compromissions et ces corruptions en secret du peuple français alors même qu’on lui désignait l’étranger en bouc émissaire, et surtout l’étranger musulman, arabe, berbère ou maghrébin ? C’est-à-dire l’étranger qui, parmi nous, témoigne de ces peuples que les dictateurs avec lesquels ce pouvoir frayait opprimaient et dépouillaient, les privant de leur liberté et de leur richesse ? Telle est sans doute l’imposture la plus criante que met à nu notre enquête : celle d’un pouvoir compromis avec des dictatures arabes et musulmanes, alors même qu’il faisait de l’islamophobie et de la xénophobie son fonds de commerce au détriment de nos compatriotes de culture ou de foi musulmane.

« C’est celui qui dit qui y est », ont coutume de dire les enfants dans leurs jeux plus vrais que les simagrées adultes. Ce qui revient à rappeler que l’injure insulte d’abord son auteur. Diversion, officine, infamie : nous retournons volontiers à ceux qui, au mépris de la liberté de la presse, nous ont adressés ces trois mots, et l'indignité qui les accompagne.
 

 

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Published by Papy Mouzeot - dans RÉSISTANCE
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commentaires

caroleone 02/05/2012 17:46


Bonsoir papy,


 


Ce journal que j'ai découvert en venant sur ton blog est épatant et nous redonne "foi" en les journalistes!!


Ils sont très forts et j'adore ce qu'ils font pour combattre et dénoncer la corruption sans faux-semblants et en toute déontologie.


Chaque fois qu'il y a des offres d'abonnement, je me dit : j'y vais ou non ? Surtout qu'ils ont des blogs sympa qui diffusent comme moi pour le Chiapas. Mais à vrai dire, je préfère découvrir
leurs articles ici avec ta petite signature illustrée !!


Je vais reprendre cette terviewe d'Edwy, elle est très explicite....merci d'avance papy.


 


Bises


 


caroleone

Papy Mouzeot 02/05/2012 21:33



Bonsoir Caroleone,


 


N'oublions pas que Mediapart n'existerait pas sans ses milliers d'abonnés dont je fais partie. Pour obtenir la primeur de leurs informations totalement indépendantes il est préférable de
souscrire un abonnement depuis ce site pour la modique somme de 9 euros par mois. Aucun journal indépendant ne propose un tarif autant accessible avec une offre exceptionnelle d'1 euro pour le
premier mois. Tu sais que je suis opposé à toutes formes de publicités et je ne pense pas déroger à ma règle quand je fais la promo d'un tel journal qui défend nos valeurs démocratiques.


Ça fait très longtemps que j'avais repéré Edwy Plenel alors qu'il dirigeait la ligne éditoriale du Monde et je t'avoue que je suis ravi de voir qu'il n'a pas changé d'un yota depuis qu'il a
co-fondé Mediapart, bien au contraire, il conduit ce journal d'une façon irréprochable.


 


Bizz,


Le Papy "votez Edwy Plenel" !


 



Adam 01/05/2012 08:39


Bonjour Papy,


Excellent, je relaye, enfin on arrive au bout !!! De toute façon "il est marqué par l'infamie"


et il va manger grave après les élections Si Sarko perd, il devra s'expliquer devant la Justice. S'il gagne,pourra t' il supprimer les Juges d'Instruction, ce qu'il avait déjà tenté? Ce n'est donc plus une question de droite
ou gauche, mais une question de pouvoir.


Amitiés Papy



Papy Mouzeot 01/05/2012 16:51



Bonjour Adam,


 


On est effectivement en plein dans l'œil du cyclone grace au travail de Mediapart qui a su mettre à jour ce que le monarque a tenté de cacher durant toutes ces années.


S'il existe une justice en ce bas monde, le sort du scrutin de dimanche soir sera déterminant pour les jours à venir.


 


Bonne journée des travailleurs,
Le Papy



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